Emmaüs : ils le reconnurent

Quatrième étape du cycle Saint Luc : quelques éléments pour préparer la conférence de Stéphane Beauboeuf, le jeudi 11 avril à 20h30, salle Sainte Thérèse..

Le texte (traduction de la BJ)

Et voici que, ce même jour, deux d’entre eux faisaient route vers un village du nom d’Emmaüs, distant de Jérusalem de 60 stades, et ils conversaient entre eux de tout ce qui était arrivé. Et il advint, comme ils conversaient et discutaient ensemble, que Jésus en personne s’approcha, et il faisait route avec eux ; mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Il Leur dit : “Quels sont donc ces propos que vous échangez en marchant ? ” Et ils s’arrêtèrent, le visage sombre. Prenant la parole, l’un d’eux, nommé Cléophas, lui dit : “Tu es bien le seul habitant de Jérusalem à ignorer ce qui y est arrivé ces jours-ci” – “Quoi donc ? ” Leur dit-il. Ils lui dirent : “Ce qui concerne Jésus le Nazarénien, qui s’est montré un prophète puissant en oeuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple, comment nos grands prêtres et nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié. Nous espérions, nous, que c’était lui qui allait délivrer Israël ; mais avec tout cela, voilà le troisième jour depuis que ces choses sont arrivées ! Quelques femmes qui sont des nôtres nous ont, il est vrai, stupéfiés. S’étant rendues de grand matin au tombeau et n’ayant pas trouvé son corps, elles sont revenues nous dire qu’elles ont même eu la vision d’anges qui le disent vivant. Quelques-uns des nôtres sont allés au tombeau et ont trouvé les choses tout comme les femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu ! ” Alors il leur dit : “O coeurs sans intelligence, lents à croire à tout ce qu’ont annoncé les Prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? ” Et, commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Ecritures ce qui le concernait.
Quand ils furent près du village où ils se rendaient, il fit semblant d’aller plus loin. Mais ils le pressèrent en disant : “Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme.” Il entra donc pour rester avec eux. Et il advint, comme il était à table avec eux, qu’il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. Leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent… mais il avait disparu de devant eux. Et ils se dirent l’un à l’autre : “Notre coeur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Ecritures ? ” A cette heure même, ils partirent et s’en retournèrent à Jérusalem. Ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons, qui dirent : “C’est bien vrai ! Le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon ! ” Et eux de raconter ce qui s’était passé en chemin, et comment ils l’avaient reconnu à la fraction du pain.

Quelques remarques

- L’histoire de la résurrection de Jésus, selon l’évangile de Luc, c’est l’histoire d’un seul jour au cours duquel disciples et apôtres passent, en trois étapes, du scepticisme à la foi, de l’abattement à la joie, des ténèbres à la lumière.

  • Ce jour, premier jour de la semaine (24,1), commence par la visite des femmes au tombeau (24,1-12) : alors qu’elles sont venues honorer un mort, portant les aromates qu’elles avaient préparées (24,1), deux hommes…en habit éblouissant (24,4) leur apparaissent et leur affirment que celui qu’elles croient mort est vivant.
  • La deuxième étape (24,13-35), ce même jour (24,13), est celle de la rencontre de Jésus avec deux pèlerins se rendant de Jérusalem à Emmaüs : ceux-ci ne comprennent pas que c’est avec Jésus qu’ils cheminent et se lamentent sur le sort qui lui a été fait par nos grands prêtres et nos chefs…qui…l’ont crucifié (24,20) ; Jésus leur explique les Écritures, mais c’est seulement pendant le repas, au partage du pain, qu’ils le reconnurent (24,31).
  • Les disciples d’Emmaüs retournent à Jérusalem à cette heure même (24,33) et c’est là que s’achève la journée (24,36-49) : Jésus apparait aux Onze et leurs compagnons (14,33) ; d’abord effrayés, ceux-ci reconnaissent bientôt Jésus ressuscité qui les instruit sur l’Écriture et les envoie en mission après qu’ils auront reçu l’Esprit Saint.

- Ce triptyque est admirablement composé : il décrit un cheminement dont on voit bien la progression. La place centrale donnée à l’épisode d’Emmaüs – dont le récit ne figure que dans l’évangile de Luc – attire l’attention du lecteur sur son importance : c’est à Emmaüs que pour la première fois le Christ ressuscité est explicitement reconnu. Unité de temps, unité de lieu aussi : tout se passe à Jérusalem ou dans les environs ; il n’y a pas d’apparition du Christ à ses disciples en Galilée comme chez Marc et Matthieu ; ainsi l’évangile de Luc trouve sa conclusion là où il a commencé, à Jérusalem, la ville sainte. Le récit est très vivant, on y suit les pensées et les sentiments des acteurs, l’effroi des femmes, la perplexité de Pierre, l’espoir déçu des disciples d’Emmaüs qui comptaient sur Jésus pour délivrer Israël, la crainte des Onze et de leurs compagnons qui croient voir un esprit lorsque Jésus leur apparait, leur joie lorsqu’un peu plus tard ils le reconnaissent….

- A noter, au fil du triptyque, le thème de l’accomplissement de l’Écriture, constamment présent : les deux envoyés divins qui apparaissent aux femmes y font allusion (24,7) ; en chemin vers Emmaüs (24,32), à Emmaüs même (24,25-27), puis à Jérusalem (24,45-47), Jésus « en appelle à l’Écriture pour expliquer ce qu’il a fait en tant que Messie » (R.Brown, Que sait-on du Nouveau Testament). Si l’on ne sait pas précisément ce qu’il dit aux disciples, on connait du moins le sujet du discours. A l’occasion, Jésus fait directement appel à l’Écriture : dans la déclaration qu’il adresse aux disciples à Jérusalem : Telles sont bien les paroles que je vous ai dites (24,44), ne faut-il pas entendre l’écho du premier verset du Deutéronome : Voici les paroles que Moïse adressa à tout Israël ? Cet enracinement dans l’Écriture, dans le judaïsme, de l’action et de la prédication de Jésus, c’est d’ailleurs bien ce qu’il annonçait lui-même au début de son ministère en Galilée, à la synagogue de Nazareth, après avoir fait lecture du fameux extrait d’Isaïe concernant l’onction divine : Il replia le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous dans la synagogue tenaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : ‘Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Écriture’ (Lc 4,20-21).

Pour aider à l’analyse du texte

1. Quelles sont les différentes étapes de l’évolution des deux disciples dans le récit ? Essayer de faire un plan du passage (24,13-35).

2. Pourquoi le ressuscité disparaît-il quand les yeux des disciples s’ouvrent ?

3. L’un des pèlerins parle et son nom, Cléophas, est donné. L’autre ne dit rien et reste anonyme. Pourquoi cet anonyme ? A-t-il un rôle et si oui, lequel ?

4. Lisez l’ensemble du chapitre 24 ; quels éléments de notre récit retrouve-t-on dans tout le chapitre ?

5. Lisez Ac 8,26-40 ; Y a-t-il des points communs avec notre récit ?

6. D’après vous, quels sont les textes dont il est question en Lc 24,27 ?

7. À partir de ce récit et du chapitre 24 dans son ensemble, tentez d’imaginer les pratiques religieuses de la communauté pour laquelle Luc écrit, ainsi que les questions qu’elle se posait.

8. Luc est le seul à nous dépeindre le ressuscité comme s’interprétant lui-même. Pourquoi le fait-il ?

Pistes de réflexion

9. Comment comprenons-nous que la reconnaissance du Christ par les disciples ne s’opère qu’au geste de la fraction du pain ?

10. « Et ils le reconnurent… » Comment, par quels signes, reconnaissons-nous Jésus-Christ ?

11. Le Christ accuse les disciples d’être « lents à croire ». Qu’en est-il pour nous-mêmes ? À quelles vérités adhérons-nous facilement, et à quelles lentement ?

12. Le discours de Jésus, à partir de Moïse et des Prophètes, témoigne du lien entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Il atteste ainsi que toute l’Écriture est d’inspiration divine. Sommes-nous convaincus de l’importance de ce lien ?

13. Pourquoi le mouvement fondé par l’abbé Pierre a-t-il reçu le nom d’Emmaüs ?

Que lire ?

Il faut évidemment relire tout le chapitre 24 de saint Luc. On pourra aussi consulter, par exemple :

  • Hugues Cousin, L’évangile de Luc, commentaire pastoral.
  • Sœur Jeanne d’Arc, Les pèlerins d’Emmaüs.
  • Bruno Chenu, Disciples d’Emmaüs.

En savoir plus

Illustration : icône d’Emmaüs.
Crédit photo : jimforest / Foter.com / CC BY-NC-ND

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